Soutien aux pêcheurs professionnels

Le maire de L’Aiguillon-sur-Mer, Jean-Michel Piedallu, a réuni récemment des représentants des pêcheurs professionnels afin d’échanger avec des élus et le député Pierre Henriet sur les menaces qui pèsent sur eux. La profession connait en effet des difficultés et se sent bien loin d’une administration qui, selon elle, ne prend pas assez en compte les spécificités de leur métier.

Un protocole d’analyse inapproprié

Dans leur viseur en premier lieu les contrôles sanitaires. Ainsi depuis début novembre, la pêche des coquilles St Jacques est toujours interdite en raison de la présence d’une toxine ( Amnesic Shellfish Poison ou A.S.P.) qui peut rendre le consommateur malade. Seulement voilà, le protocole d’analyse est totalement inapproprié à la profession. « Les prélèvements sont effectués le lundi et nous avons les résultats le jeudi à 14h » expliquent les marins. « Or le jeudi à 14h nous sommes en mer et nous avons déjà effectué notre pêche. Et il faut deux analyses correctes à suivre à 15 jours d’intervalle pour que la pêche soit autorisée ! ». S’en suivent donc des situations incroyables comme il y a quelques jours où les professionnels ont du rejeter leur pêche à la mer. « Nous avions l’autorisation de pêcher nous sommes donc partis. Sauf qu’à14h au retour, on nous a dit que les analyses n’étaient pas conformes. C’est totalement catastrophique car il faut quand même payer le gasoil du bateau et notre équipage. Ce sont des journées qui nous coûtent très chères ».

Et pour l’instant, 0 € de dédommagement pour cette journée ratée, mais rien non plus pour le manque à gagner. « La pêche à la coquille représente une part importante de notre chiffre d’affaire avant les fêtes ». Malgré cela, les marins ne veulent pas fonctionner aux subventions. « Nous, ce que nous voulons c’est dans un premier temps avoir les résultats plus tôt, car si nous pêchons les jeudis c’est pour pouvoir commercialiser le week-end. On ne peut donc pas décaler cette date. Il faut simplement que les analyses aillent plus vite ou faire les prélèvement plus tôt. Et nous voulons aussi des analyses distinctes dans deux laboratoires différents ». En effet actuellement les prélèvements sont soumis à un seul laboratoire et étudiés ensuite par l’IFREMER. « Des collègues ont fait faire des analyses dans un laboratoire nantais récemment, et cette fois bizarrement les résultats étaient bons. Mais on nous a dit que ce labo n’était pas reconnu, c’est quand même étrange ».

Rechercher les causes

Globalement les marins regrettent que les analyses, depuis le temps qu’elles sont faites, les empêchent simplement de faire leur métier sans faire avancer les problématiques. « Pourquoi les analyses sont mauvaises ? Pour la pêche, comme pour la mytiliculture, on ne recherche pas assez les causes. On sait que, par exemple pour les moules, les causes sont sans doute multifactorielles. Et on connait parfaitement certaines des raisons. Mais rien ne change, rien n’évolue. Et nous, nous avons toujours cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Résultat, que va devenir notre profession demain ? Et comment dans ces conditions, inciter les jeunes à s’installer ? ».

Un constat assez noir, entendu par le maire qui a donc souhaité cette rencontre avec le député Pierre Henriet. Lui aussi a bien compris l’inquiétude des marins pêcheurs et des mytiliculteurs. « Il faut effectivement faire évoluer les protocoles d’analyses qui vous sont très défavorables. Je vais faire remonter vos demandes » leur a t’il promis.

La pêche aux civelles toujours menacée

Autre inquiétude des marins et pas des moindres, les menaces qui pèsent sur la pêche aux civelles. Actuellement très réglementée en France, elle impose des quotas drastiques aux pêcheurs. La règle prévoit en effet un prélèvement maximum de 60% des populations de civelles pour que 40% puissent se reproduire. Cependant, une association de défense des milieux aquatique souhaite suspendre cette p^che.

Elle a d’abord déposé une requête devant le Conseil d’État qui l’a rejetée. Les ministres européens de la pêche ont quant à eux décidé ce matin de repousser au printemps prochain leur décision sur l’avenir la pêche à la civelle. Le Conseil d’Etat International pour l’Exploration de la Mer (CIEM) avait demandé que les quotas de pêche soient ramenés à zéro. Un report qui permet donc de sauver la saison 2021-2022 pour les pêcheurs et laissent aux politiques plus de temps pou négocier.

Dans ce dossier Pierre Henriet s’est engagé à contacter sa collègue député européenne Catherine Chabaud en lui demandant d’intervenir pour les pêcheurs français. 18 bateaux pratiquent actuellement la civelle à l’Aiguillon-sur-Mer. « C’est environ 30% de notre chiffre d’affaire. Si cette pêche ferme, compte tenu de nos difficultés, c’est la mort pour certains d’entre nous ».

Un constat d’autant plus terrible qu’on sait aussi que ce ne sont pas les professionnels qui menacent les populations de civelles mais les nombreux contrebandiers qui la pratiquent souvent au grand jour, sans être inquiétés. « La pêche anarchique de la civelle devrait être plus sévèrement contrôlée et punie. Ce n’est pas à nous de subir cela ».

Bateau pêchant la civelle dans le port de L’Aiguillon-sur-Mer – Décembre 2021
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